LA POESIE DE JULES RENARD

Publié le par LAURENCE NOYER

"Poil de Carotte est la transcription, avec
beaucoup d'exactitude et une sorte de poésie sobre et précise, du plus naturel et du plus simple des sentiments, le sentiment de la famill
e."

Guillaume Apollinaire : Mercure de France, 16 juin 1912 « Poil de Carotte »

"il doit cette poésie bienfaisante qui chante, avec une harmonie à la fois si secrète et si intense, dans sa prose toute gonflée de lyrisme ; j’imagine qu’il lui doit plus encore , la courbe légère de ses lignes, la teinte discrète de ces cieux, de ses prairies et de ses rivières, et surtout ces « brumes fragiles », qui l’enveloppent de mystère, lui ont donné cette mesure souveraine, cette sobriété de coloris, et cette précision de touche qu’on admire dans ses écrits, en même temps qu’une imagination réservée et comme craintive, et une puissance de suggestion qui ouvre à l’esprit tout l’infini du rêve."

André Gide : 18 novembre 1913 « Correspondance » Lettre à Jean Schlumberger

"Renard, par un savant équilibre qui est le secret de son talent, sont à la fois criantes de vérité et nonobstant singulières, inattendues, souvent relevées d’humour, ou alanguies de préciosité, parfois (mais plus rarement) teintées de poésie. Il y a chez lui du japonisme et une tendance à la féerie :"

Paul Souday : Le Temps, 24 décembre 1913 « l’Œil clair »

"Il est incontestable que l’âpre poésie qui se dégage de son œuvre est due en partie à l’influence générale qu’exercèrent sur lui, sans entamer son originalité, certains humoristes entrés avant lui dans « la carrière ». D’après leur exemple, il apprit à se mettre en garde contre les trop faciles effets de situations, contre le style lâche, contre l’emploi des lieux communs d’écriture et de pensée ; mais je crois bien aussi que chez lui cette méfiance était surtout instinctive : il l’avait apportée du Nivernais où l’on a l’habitude (sauf exceptions, à mon gré, trop nombreuses) de voir clair, et il la tenait, à ses dépens, de ses années d’enfance. Il me paraît également certain qu’il n’atteignit à cette poésie que lorsqu’il se fut défait, partiellement d’abord, puis en totalité, de la déformation des aspects du monde que lui imposait sa vision d’humoriste. Sa poésie devint alors semblable à cette sensibilité de Claude Tillier qu’il nota lui-même en véritable poète : « elle est comme un de ces ruisseaux dont il (Tillier) parle avec des mots virgiliens. Apparente ou souterraine, elle traverse son œuvre d’un bout à l’autre, et elle entretient des îlots de verdure dans ses pamphlets les plus arides » Chez Renard, elle n’est pas un ruisseau qui coule d’abondance : par méfiance des autres et de lui-même : il n’était pas tranquille qu’il n’eut dressé des barrages. Elle est une source pure qui stagne et près de laquelle on peut passer sans la remarquer. Mais arrêtez-vous. Ecartez les petits joncs et les ronces. Vous le découvrirez. Ce ne sont pas seulement des Îlots de verdure qu’elle entretient dans son œuvre dont elle est le centre même, et sa fraicheur rayonne indistinctement jusqu’aux limites qu’elle semblerait devoir le moins atteindre"

Henri Bachelin : Comoedia, 6 mai

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