CLICHES

Publié le par LAURENCE NOYER

Jules Renard l'a proclamé: "Le style c'est le mot qu'il faut". Aussi dans le choix des mots qu'il employait, a-t-il apporté tout le soin qu'il pouvait, tout le goût qu'il avait. Naturellement qui dit choix dit élimination. Le goût est fait de dégoût. Et Renard a d'abord refusé de se servir d'une quantité de mots.
Il avait en horreur le vocabulaire mythologique: "Il devrait être interdit, sous peine d'amende et même de prison, à tout écrivain moderne, d'emprunter une comparaison à la mythologie, de parler de harpe, de lyre, de muse, de cygne. Passe encore pour les cigognes" . Il entretenait pour les clichés une haine parallèle au mépris philosophique et amusé de Rémy de Gourmont. Il les soulignait au crayon bleu dans les livres qu'il lisait: " mes dents claquèrent, proférer des paroles, frugal repas, clartés blafardes!" " on dirait de ces expressions qu'elles sont les rossignols du style" Les clichés qu'on trouve dans les livres sont généralement employés par négligence ou par inadvertance. Mais beaucoup de personnes emploient couramment par "recherche" un vocabulaire soi-disant poétique. Elles s'imaginent qu'ainsi elles parlent d'une façon "distinguée". Renard, bien entendu, ne supportait pas davantage ces fausses élégances qui servent de préférence aux femmes, et qu'il dépiste dans toutes les classes de la société: "l'argent, il l'appelle le numéraire. Maman appelle sa maison le cottage. Elle parle de son intellect, on croirait que c'est quelque chose qui est en train de cuire. Certains déclarent aimer la campagne et disent galamment: Dame nature"

Léon Guichard: l'oeuvre et l'âme de Jules Renard

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