ADJECTIF ET ADVERBE

Publié le par LAURENCE NOYER

C'était pour Renard un principe que l'adjectif affaiblit. Quand il écrit dans son Journal: "En morceaux, en petits morceaux, en tout petits morceaux" , c'est pour faire sentir, je pense, que plus on ajoute au substantif, plus on lui enlève de force, et que le mot nu est plus expressif, s'il est juste: "Ciel dit plus que ciel bleu". L'épithète tombe "d'elle-même comme une feuille morte" Renard enseignait cette règle à ses disciples: "le mot trouble n'a pas besoin de mot sans saveur qu'est le mot grand", écrivez "trouble" "grand trouble" et jugez" . La moindre économie lui semble un gain, deux lettres supprimées, un progrès. Ces menus sacrifices ne satisfont pas son exigence. La sobriété était sa loi, non seulement dans la phrase, mais dans le récit. A l'inverse d'Anatole France, qui délayait une nouvelle et l'étirait jusqu'au roman, Renard réduisait son roman des Cloportes à une nouvelle de quelques pages, ironiquement intitulé: Un roman. Les inconvénients de ce dépouillement n'échappaient pas à l'écrivain. "Ne pas écrire trop serré. Il faut aider le public avec de petites phrases banales" "Je pourrais recommencer tous mes livres en desserrant" Mais il ne l'a pas fait. Il est resté fidèle à son austérité, "Des phrases courtes et claires, et un peu plates, avec ça et là, une autre phrase qui se dresse comme une fleur éclatante" Ces fleurs qui viennent aviver la prose de Renard, ce sont: la place qu'il donne aux mots, le rythme de sa page, les images et l'esprit.

Léon Guichard: l'oeuvre et l'âme de Jules Renard

Publié dans style

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article