ESPRIT

Publié le par LAURENCE NOYER

Ce qui vient piquer le lecteur, au milieu des phrases courtes et claires et un peu plates, ce ne sont pas seulement des images, c'est l'esprit. Souvent, en effet, la lecture de Renard nous force à sourire, presque jamais à rire. Le banal calembour, si répandu à l'époque, se trouve rarement dans son Journal, et plus rarement encore dans son oeuvre:

"le vieux noyer, aux oiseaux railleurs, répond: Merle!" (Histoires naturelles)

Par contre, Renard s'amuse souvent à jouer sur les mots:

"Avant d'avoir la croix, il faut la porter!"

A une actrice qu'il embrasse par lettre:" C'est un de mes droits d'auteur"

Mais ce ne sont pas les formes d'esprit les plus naturelles chez Renard, l'un des procédés le plus fréquemment employés par lui est ainsi catalogué par Bergson: "Dès que notre attention se concentre sur la matérialité d'une métaphore, l'idée exprimée devient comique", et " on obtient un effet comique quand on affecte d'entendre une expression au propre, alors qu'elle est employée au figuré". C'est ainsi que procédera Renard dès ses premiers ouvrages:

"Des colonnes de chiffres à supporter une voûte"

"Le sens du mot m'échappe et , depuis ce matin, je cours après"

"Il est attaché à une ambassade, solidement"

"La nuit tombait, je me penchais pour la ramasser"

Léon Guichard: l'oeuvre et l'âme de Jules Renard

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