IMAGES 1

Publié le par LAURENCE NOYER

La comparaison que l'on fait d'un être avec un autre être, d'une chose avec une autre chose, peut avoir pour objet, ou de faire comprendre ou de faire voir. D'où deux sortes de comparaisons et d'images: les unes, qu'on pourrait appeler "philosophiques", celles qu'emploient Bergson, Proust, et qui, destinées à faire "comprendre", se développent longuement, rapprochant, par exemple, un mécanisme mental d'un mécanisme visible (Comme l'image des fleurs japonaises dans le Swann, image destinée à faire comprendre le mécanisme du souvenir); les autres, qu'on pourrait appeler "artistiques", et qui, destinées uniquement à faire "voir", sont généralement brèves. Telles sont les images de Renard:

"La neige avait mis des chemises blanches aux toits"

"La croix du village est en bras de chemise"

Il n'y a pas lieu de déprécier les secondes par rapport aux premières. L'image "artistique" transmet "l'impression communicable", ce qui est bien le but de tout art. Aussi :

"Le poulet sur ses allumettes"

est-il une trouvaille, menue, sans doute, mais une trouvaille d'art quand même.

Renard, m'a conté M. Sacha Guitry, se promenait au Breuil avec mon père. A un moment, Lucien Guitry montre à Renard un coq qui se sauvait à toutes jambes en s'écriant: "Tiens, celui-là qui court les mains dans ses poches!" . L'image était jolie. Vers la fin de la promenade, Renard, qui était paru soucieux, dit à son ami: "Dites-donc! Vous n'en faites rien? - Guitry ne comprenait pas - de quoi?" "Votre image? - quelle image?- le coq qui court les mains dans les poches! ". Guitry se mit à rire, mais Renard ne voulait pas laisser passer une jolie chose, et nota l'image dans son Journal.

Léon Guichard: l'oeuvre et l'âme de Jules Renard

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