MOT

Publié le par LAURENCE NOYER

"Le mot ne vit que par la place qu'on lui donne" (journal) .Renard ne l'ignorait pas. Il sait, comme les poètes, grouper des sonorités voisines, tantôt pour obtenir un effet de douceur: "et dort sous la caresse des saules" Tantôt pour faire entendre un léger grincement: "par un treuil rouillé et criard". Il excelle à mettre en valeur le mot sur lequel il veut attirer l'attention. Si au lieu décrire "Je n'entendais de la voix cassée du vieil homme que les menus éclats" Renard avait mis: "Je n'entendais que les menus éclats de la voix cassée du vieil homme" c'est "vieil homme" qui restait dans l'esprit du lecteur et non le mot qui doit porter: "éclats".
Voici, pour le portrait de la girafe, deux épreuves successives:
"Par dessus les barreaux de sa grille, elle nous montre sa tête au bout d'une pique"
"_ qui nous montre, par dessus les barreaux de la grille, sa tête au bout d'une pique"
Le second texte est évidemment beaucoup plus expressif.
Il aimait finir une phrase, par "peut-être" qui produit alors une impression d'inachevé, de mystère, toute personnelle à Renard et due à cette place: "l'attitude du poète auquel on en a mis dans l'aile, blessé à mort peut-être", "avec ce chien à droite et ce chat à gauche de la cheminée, tous deux vivants peut-être"
Léon Guichard: l'oeuvre et l'âme de Jules Renard

Publié dans style

Commenter cet article

Martene 09/05/2016 12:19

Ben moi pas ! Je préfère "Par dessus les barreaux de sa grille, elle nous montre sa tête au bout d'une pique", tout en préférant "la" grille à "sa", pour des raisons d'euphonie avec "sa" tête. Dans les deux cas, la pique reste bien piquante, en fin de phrase. Goûts et couleurs, nuances…
N'empêche : bravo pour votre bel ouvrage renardien !

LAURENCE NOYER 10/05/2016 08:36

question d'appréciation, JR est un chirurgien, qui "scalpelle" les mots, les phrases...
un grand merci pour vos encouragements