LA LUTTE QUOTIDIENNE

Publié le par LAURENCE NOYER

Non, ne triche pas.
travailler pour un écrivain, ce n'est ni lire, ni copier des notes, ni observer, ni rêvasser, ni compter ses anciennes dépenses d'énergie.

Et d'abord, tu rejettes loin de toi les livres des autres. Puis tu t'assieds devant une table où tu n'as que de l'encre et du papier. Il est nécessaire que ta poitrine touche la table, sinon tu mettrais les mains dans tes poches, et tu fixerais le plafond. Approche-toi, saisis ferme ta plume et prends de l'encre. Et que tes yeux n'aillent point errer sur le mur ou se promener par la fenêtre. Mais penche la tête et tourne ton oeil en dedans. Et si ta plume sèche, reprends de l'encre, afin d'être prêt. Et laisse ta montre tranquille. Comme un mendiant, sûr d'avoir sonné et que la maison est habitée, s'enracine à sa porte, toi, reste immobile. Ton esprit fait le mort, lasse-le par de patientes provocations. Il cèdera. Bientôt la première idée bouge. Elle arrive.

"Et si ça ne vient pas?"

"ça vient toujours."

Jules Renard . Les Bucoliques

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