LES CLOCHES

Publié le par LAURENCE NOYER

Les cloches

Au lever du matin qui secoue à demi

Les torpeurs que la nuit ramasse en sa corbeille,

Le coq jette sa voix au sonneur endormi.

Un branle irrégulier bourdonne à mon oreille:

Le son des cloches m'éveille,

Et j'écoute tinter le prélude d'un glas.

Une note vagit, faible comme une excuse;

L'une reste indécise et ne s'achève pas:

L'une d'elles s'échappe, ondulée et diffuse:

Le son des cloches m'amuse.

La plainte croît avec un grondement de mer.

La note monte au ciel comme un jet de baliste,

Pleine et très grave, à vol ample, souffletant l'air;

Chaque vibration s'élargit et persiste:

Le son des cloches m'attriste.
Longtemps vacille encor le même tintement.

Toujours à sons égaux la cloche psalmodie,

Toujours le va-et-vient du même bercement,

Toujours les mêmes sons versés comme une pluie:

Le son des cloches m'ennuie.
Mais voici que le glas se calme sans effort.

Encore un dernier chant d'une voix plus profonde.

Le son plus mollement fait circuler son onde:

Puis s'en vont au lointain et la plainte et la mort:

Le son des cloches m'endort.

Jules Renard, Poésies inédites

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