SIMPLICITE 2

Publié le par LAURENCE NOYER

"La simplicité prend racine dans un terreau philosophique qui gravite autour de la question de l’instant, dont la répétition engendre une contemplation brisée, discontinue, où le mystère de l’être se révèle par éclats, prenant appui sur une immédiateté célébrée par l’artiste – une immédiateté qui se révèle néanmoins construite par l’écriture, comme le montre l’importance de la mémoire, du rêve ou du mouvement. Le fruit de cette simplicité philosophique est la proximité avec le monde, par l’intermédiaire des sens, une proximité qui aboutit à une expérience de fusion avec la nature. Mais, pressentant l’existence d’un mystère au sein du réel contemplé, le sujet n’est pas sans opposer une certaine résistance, se défiant en particulier d’une explication mystique qui apporterait des réponses définitives. Si l’inquiétude transcendantale demeure, le sublime né de la contemplation de la nature ne doit pas être impérativement relié à une transcendance de nature divine. L’expérience de la simplicité conduit à la modestie, car le sujet prend conscience de sa petitesse eu égard à la grandeur infinie de l’univers. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question de degré, ou de quantité. C’est aussi sur le plan qualitatif que se joue cette prise de conscience : l’être
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se sent dépassé par la beauté du monde contemplé. C’est en ce sens qu’on peut parler de « sublime », qui se trouve donc à l’horizon de l’idéal de simplicité philosophique. Ce sublime de la nature est également lié à la conscience d’une valeur essentielle, celle de la vie. Renard se rend à l’évidence : il n’appartient pas à l’homme de comprendre les tenants et les aboutissants de son existence – Dieu, même s’il existe, ne donne aucune réponse. Celle-là est alors d’autant plus précieuse qu’elle apparaît fragile et menacée. L’idéal philosophique de simplicité débouche en définitive sur un engagement au service de la vie, une vie faite d’instants uniques et fugitifs, qui doit être vécue sur un mode convulsif, en contractions successives qui sont autant de battements de coeur."

Laure-Amélie Charpentier Poisson, 18 décembre 2013, Thèse: LA SIMPLICITÉ DANS L’OEUVRE NARRATIVE DE JULES RENARD (extraits)

Publié dans THESES

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