BORGEX

Publié le par LAURENCE NOYER

Borgex : Comoedia, 20 octobre 1909 « La Bigote ». « Nous allons faire subir à son tour la torture de la question à Jules Renard. Il la subit volontiers avec beaucoup de bonne grâce. La Bigote est la suite de Poil de Carotte, nous dit-il, j’ai remarqué que dans cette dernière pièce, le public souligne toujours spécialement par des applaudissements cette phrase de M. Lepic : « je n’aime pas le mensonge, le désordre et les curés » Cela m’a donné l’idée de traiter ce sujet de l’intrusion du curé dans la famille. Remarquez bien que je ne prends parti ni pour ni contre, je montre le fait ! – Vous allez froissez des consciences ? – Peut-être ! Ce n’est pas sûr, car il ne s’agît pas là d’idées et de convictions religieuses. C’est plus intime que cela. M. Lepic est un brave homme qui n’a pas de religion. Et il souffre de voir dans son intérieur une autre volonté s’interposer entre lui et sa femme. – Cependant, il arrive fréquemment dans un ménage que deux époux n’ont pas les mêmes idées au point de vue religieux ? – Cela arrive, mais croyez-vous que ce soit bon ? Conservez-vous un ménage uni, dans le vrai sens du mot, sans l’unité de croyance ? La femme croyante n’aura même pas la consolation de penser que son mari ira au ciel avec elle puisqu’il ne pratique pas ! – Certes il y aura des moments de lutte. – Eh bien, j’ai essayé de traduire cette lutte justement, et il est bien évident que Mme Lepic fait passer la volonté de son confesseur avant celle de son mari. – Et les enfants, que deviennent-ils dans votre pièce ? – Il y en a trois, mais on ne voit pas Poil de Carotte, je ne montre que Félix et Henriette. Le premier, élevé plus librement, échappe forcément davantage à l’influence de sa mère, mais la seconde, est, elle aussi, une petite bigote. Elle n’aime pas son père autant qu’elle le doit, elle est de connivence avec sa mère contre lui ! Ce pauvre M. Lepic est malheureux de cet état de choses. Il dit à son futur gendre : « Tu en souffriras toi aussi ! » et cette phrase est le résumé de sa vie ! – C’est en somme une comédie de mœurs de province ! – Oui, et je vous le répète, je ne crois pas qu’elle soulève la moindre protestation car, je ne prends parti ni dans un sens ni dans l’autre. – Nous vous souhaitons le succès de Poil de Carotte. – Oh ! Je n’ose pas l’espérer ! En tout cas mes interprètes seront très bien et si le succès ne devait dépendre que d’eux, je l’aurais sûrement. »

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