Georges Boyer

Publié le par LAURENCE NOYER

Georges Boyer : Le Petit Journal, 23 mai 1912 « Poil de Carotte » (théâtre) « Elle est bien douloureuse, on le sait, d’un réalisme poignant, l’histoire de Poil de Carotte, de ce pauvre enfant de quinze ans, martyrisé par une mère non point résolument méchante, mais dénuée de bonté ; sèche comme un coup de trique, sotte à manger du foin, obstinée, et dont est inconsciente la cruauté. Plus encore par fierté que par obéissance ou crainte, le garçonnet garde le silence. Il accomplit les besognes fatigantes et viles parce que, affirme-t-il, cela lui plait et que c’est un exercice excellent pour sa santé. Ce « bon cœur » n’en veut même pas à son frère aîné, idole de sa mère, qui lui prodigue les gâteries ; mais un jour une bonne qui arrive de la campagne le plaint, elle parle devant son père et voici que le cœur de Poil de Carotte se fend. M. Lepic était resté si distant, non point terrorisé si l’on veut, mais annihilé par sa femme. A quoi bon lutter et pour qui ? L’enfant et lui ne se connaissaient pas pour ainsi dire ; ils se découvrent l’un l’autre, s’embrassent et forment alliance – oh ! défensive seulement – contre la femme cruelle ; nous ne saurons point ce qui en résultera, car la pièce s’arrête là. Il n’y avait point urgence, mais nul inconvénient, non plus à introduire cette œuvre d’un très remarquable écrivain dans le répertoire de la Comédie. Elle a été interprétée strictement selon l’intention de l’auteur, ce qui n’arrive point toujours. Mlle Marie Leconte n’a nullement cherché à imiter l’admirable créatrice, Suzanne Després ; elle a fait du petit martyr une création personnelle ; de la salle, il m’a bien semblé qu’elle pleurait pour de bon et nous avons tous partagé son émotion. M. Bernard est naturel et juste dans Monsieur Lepic ; Mme Fayolle donne toute la sécheresse nécessaire à cette pécore de Madame Lepic et Mme Dussane est charmante en petite paysanne pitoyable »

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