Le Mercure de France, 16 octobre 1913: Inauguration du monument

Publié le par LAURENCE NOYER

Le Mercure de France, 16 octobre 1913: Inauguration du monument « L'inauguration du monument de Jules Renard, à Chitry-les-Mines, le 5 octobre, fut dans cette contrée nivernaise un événement considérable. C'est que le monument n'a pas là-bas la signification qu'il a pour nous où nous voyons un hommage à la mémoire de l'écrivain, de l'auteur d'une œuvre excellente et du père de Poil-de-Carotte, les gens «avancés » du pays, où la lutte des partis est très vive, voient la consécration d'une politique cette pierre et ce bronze sur une place publique qui est la place Jules-Renard, au pied de l'église du village et comme une protestation, c'est le signe matériel du triomphe des idées du Jules Renard maire de Chitry. Aussi la journée car JulesRenard, comme Paul Verlaine, eut sa journée tout entière se divise-t-elle en deux parties distinctes :la 
matinée appartint à la politique, l'après-midi à la littérature et à l'art. La littérature, d'ailleurs, ne bouda point la politique, et la politique sut ne pas oublier que l'ancien maire de Chitry fut un écrivain remarquable. 
Les amis venus de Paris n'étaient pas nombreux, le voyage étant peu commode et nécessitant une absence décrois jours. H y avait là M. et Mme J.. Rosny aîné, M. Robert de Fiers, Mme Rachilde, MM. Maurice Pottecher, Alfred Athis,Alfred Vallette, Henri Bachelin, G. Fuss-Amoré. A onze heures et demie, le comité du monument Pt les autorités locales reçurent le président de la fête,M.AtfredMassé,mioistre du Commerce, à la gare de Corbigny un cortège se forma, compact et long, précédé de la musique du i3e régiment d'infanterie et de la fanfare de Corbigny, pour gagner la salle du banquet, à l'autre bout de la petite ville. Ce a ban- 
quet démocratique '), qui se donna dans une chapelle désaffectée, réunissait environ quatre cents personnes, et tout se passa le mieux du monde et sans la moindre confusion, pendant que les musiques jouaient des morceaux de Beethoven, Grieg, Saint-Saëns, Ganne, Bizet, etc. Au moment des discours, on entendit M. le Préfet de la Nièvre, M. le maire de Corbigny, M. André Renard, député de la Nièvre, maire de Clamecy, M. Alfred Massé. Puis'il y eut une pluie de décorations. La partie politique de la fête était consommée. 
Chitry étant éteigne de presque 3 kilomètres, un train spécial attendait le cortège ministériel. Les populations arrivaient de tous côtés, les routes étaient noires de gens vêtus de leurs habits du dimanche. La place Jules Renard est un délicieux coin de village; les maisons s'y présentent detravers, flanquées de tas de fumier, séparées de ruelles; l'église est au fond. 
Et voici un arbre sous lequel se dresse t'œuvre du sculpteur Charles Pourquet une stèle figurant une muraille sur taquëtte s'appuie un arbre, et que surmonte le buste en bronze au pied, Poil-de-Carotte assis, pensif, et des poules qui picorent. Une estrade couverte, à gauche du monument, abrite Mme Jules Renard, ses enfants et sa famille les personnages officiels y prennent place et la cérémonie littéraire commence. Après une allocution du ministre, M. Maurice Le Blond, président du comité, remet le monument à la municipalité de Chitry M. J.-H. Rosny ainé, qui représente à la fois la Société des Gens de Lettres et l'Académie Goncourt, parle, mais son discours est fâcheusement troublé par une abondante pluie puis c'est 
le tour de M. Robert de Fiers, au nom de la Société des Auteurs dramatiques enfin M. Alfred Athis lit le discours que M. Tristan Bernard, retenu chez lui par une indisposition, voulait prononcer au nom des amis de Jules Renard. Et c'est fini presque, car il y a encore un défilé des sociétés et des enfants des écoles devant le monument, un vin d'honneur à la mairie de 
Chitry, et une « grande fête foraine, manège de chevaux de bois, tirs, illuminations, bals sur parquets ». Nous ajouterons que le Comité, et notamment M. Preuss, secrétaire et trésorier, ont eu beaucoup de mal à organiser cette fête, et qu'il serait à souhaiter que nos restaurateurs parisiens apprissent de l'hôtel de Corbigny comment,avec les ressources limitées d'une petite ville de 600 âmes et un personnel de fortune, on fait déjeuner très convenablement pour 4 francs par tête 4oo personnes alors qu'on n'en attendait que 3oo. »

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