Maurice Foulon : Comoedia, 21 septembre 1913

Publié le par LAURENCE NOYER

Maurice Foulon : Comoedia, 21 septembre 1913 « On avait annoncé que la cérémonie d’inauguration du monument Renard aurait lieu aujourd’hui à Chitry-les-Mines. J’allai donc m’en informer auprès du président de la Société des Auteurs Dramatiques. – Demain ! comment demain ! … s’écrie M. Robert de Flers. Mais je n’inaugure aucun monument demain. Dieu merci ; je n’ai pas préparé le moindre petit discours… Au fait, j’aime mieux vous dire tout de suite que votre étonnement ne m’étonne qu’à moitié… Je sais qu’on a annoncé de tous côtés ces jours-ci, cette inauguration du monument, mais c’est une erreur… la date en a toujours été fixée au 5 octobre. Et je ne crois pas qu’on l’ait changée… Du moins je n’ai moi, été averti de rien… Aussi vous voyez qu’il y a grand chance pour que ce soit là une information inexacte ; Ce qui a pu produire la confusion, c’est que c’est temps-ci, il y a mille inaugurations de tous côtés. C’est donc dans deux semaines que j’aurai l’honneur de prendre la parole au nom de la Société des Auteurs devant la statue dont Comoedia a déjà publié une photographie, pour glorifier la mémoire d’un de ceux qui nous a laissé ces chefs-d’œuvre qui s’appellent La Bigotte, Monsieur Vernet, et ces délicieux petits actes qui ont nom Le Pain de Ménage, Le Plaisir de Rompre, Poil de Carotte. Le Plaisir de Rompre… C’est la première pièce de Renard… Et c’est moi qui ai eu l’honneur de la monter…Oui, je me rappelle encore comment je fus amené à jouer, le premier, une pièce de Jules Renard… C’est un des souvenirs dont je suis le plus fier. Un jour, passant devant la gare Saint-Lazare, je rencontre Jules Renard qui rentrait chez lui, rue du Rocher. Nous nous mettons à parler théâtre… naturellement… Et voici que Renard me révèle tout à coup : « Moi aussi j’ai écrit un petit dialogue… Oh ! Une chose sans importance… j’ai intitulé cela Le Plaisir de Rompre » Comme vous pensez, j’insistai pour connaître ce que Jules Renard traitait modestement de « petit dialogue » Et je lus alors cette chose ravissante et profonde que vous savez et qui est aujourd’hui au répertoire de la Comédie-Française. J’étais alors directeur du Cercle des Escholiers…Vous comprendrez quel fut, dès lors mon désir immédiat de monter cette œuvre. Je décidai Jules Renard à me laisser son manuscrit… Et je courus le lire à Jeanne Granier. Quand j’eus fini, Granier qui pleurait d’émotion, accepta avec enthousiasme de créer la pièce… Et voilà comment, le premier, j’eus l’honneur de monter la première pièce de Jules Renard. Et après m’avoir rapporté ce charmant souvenir, M. Robert de Flers me parla longuement de son admiration pour Renard. Mais conclut-il avec humour, au fond une interview à ce sujet est chose bien difficile. On ne peut faire sur Renard qu’une page de critique, comme sur tout autre auteur classique… l’interview suppose une réponse à un cas d’actualité urgente… Et Renard appartient déjà à l’histoire ... C’est comme si vous veniez m’interviewer sur Racine… Je vous demanderais : »Quoi donc ? Serait-ce lui qui a volé le collier ?... Et après avoir ri, M. De Flers conclut : « Une page de critique, vous ai-je dit… une page de la plus admirative critique. C’est ce que sera mon discours… Il pourra, mieux que ces paroles imparfaites d’aujourd’hui, vous dire combien j’aime profondément le talent de Renard. Et à quel point je crois que lui est redevable la littérature dramatique contemporaine… »

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