Nozière : Gil Blas, 24 mai 1912 « Poil de Carotte » (théâtre)

Publié le par LAURENCE NOYER

Nozière : Gil Blas, 24 mai 1912 « Poil de Carotte » (théâtre) « En entrant dans la salle de la Comédie Française les invités avaient un air recueilli. C’est que l’on inscrivait au répertoire les œuvres de deux écrivains qui vous furent trop tôt enlevés. Jules Renard et Jean Moréas. Ce n’est pas seulement avec respect, mais avec une poignante émotion qu’on écouta ce chef-d’œuvre : Poil de Carotte, Mlle Marie Leconte, qui représentait l’enfant maryr, avait le trac. On n’a pas oublié en effet, que mme Suzanne Desprès a magnifiquement crée la pièce. Mle Marie Leconte a accepté la lourde tache de lui succéder. Mon excellent ami Edmond Sée vous dira qu’elle n’a pas eu à s’en repentir. Dans sa loge, elle reçoit les félicitations d’amies et d’amis qui pleurent encore. Mlle Marie Leconte n’a pu retenir de grosses larmes : elles ont coulé en scène sur ses joues. Quand tout le monde s’est retiré, elle veut bien me dire qu’Antoine lui a donné tous les conseils nécessaires ; il lui a même prêté une brochure de la pièce qui porte ses indications de metteur en scène et que Jules Renard avait annoté. Ainsi Mlle Marie Leconte devait être fidèle à la pensée du grand écrivain. – Et n’est ce pas, je n’ai pas l’air d’une petite fille ? Non elle a bien l’air d’un garçon de seize ans. Elle est Poil de Carotte et elle est cependant très gentille. – Et ma voix ? Ai-je le timbre d’un garçon ? – Vous l’avez ! – c’est très difficile de garder un timbre un peu grave… Elle est très heureuse du résultat. Elle aurait bien voulu avoir encore trois ou quatre répétition. Mais M. Claretie a été inéxorable. Il a bien fait. La pièce est au point. – Et Bernard est admirable, n’est ce pas ? ajoute Mlle Leconte – Rien n’est plus vrai, mademoiselle. Dans les couloirs, je félicite Mlle Dussanne qui s’est courageusement maquillée pour représenter une servante de la campagne ; je vois aussi Mme Fayolle qui a bien le silhouette maigre et inquiétante de Mme Lepic »

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