Maurice Donnay : Fayard « J’ai vécu » 1950

Publié le par LAURENCE NOYER

« Dimanche 17 mars 1907. Le soir, au Théâtre Français, je vais voir débuter Grand dans les femmes savantes. Pendant un entracte, échangé quelques paroles avec l’inquiétant Jules Renard, qui veut que je n’aie plus rien à désirer et que j’aie atteint l’apogée. O Jules Renard, si, j’ai encore quelque chose à désirer, à savoir que les confrères ne soient pas envieux, aigris, ironiques, amers, que les hommes soient intelligents, et forts et bons, que les femmes soient douces et jolies… Oui, j’ai bien des choses à désirer, et surtout une vie de lecture, de  travail et de rêve dans la consolante, dans l’apaisante nature. Voilà, Jules Renard, ce que j’ai à désirer ; mais je vous le dis timidement, parce qu’embusqué derrière votre front, vous me jugez ; vous pensez que c’est de ma part une attitude ; et voilà pourquoi je ne le vous dis pas encore autant que je le pense, ô Jules Renard. Mardi 19. Hier soir, Jules Renard, qui me disait qu’il serait désolé, s’il n’était pas un peu poire, j’ai répondu :’ « Moi aussi, je me garde pour ma soif. »

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