Maurice Rostand : La Jeune Parque « Confessions d’un demi-siècle »

Publié le par LAURENCE NOYER

Maurice Rostand : La Jeune Parque « Confessions d’un demi-siècle » « Jules Renard venait souvent chez nous. Ah ! L’étonnant homme et dont une mémoire d’enfant garde forcément le souvenir ! Son dur visage, taillé à coups de serpe, avait quelque chose d’un peu terrifiant, mais il y avait malgré lui, dans ses yeux une tendresse qu’on ne pouvait plus oublier quand on l’avait vue. Il y avait en lui du M. Lepic, mais aussi du Poil de Carotte. C’était Alceste assurément, mais un Alceste dont la misanthropie en voulait sans doute à l’humanité de n’être pas plus humaine : Un Alceste qu’on eût, en fin de compte comme tous les Alceste, réduit avec si peu de choses : un peu d’amour, une goutte de succès, un bout de ruban !... Son œuvre concise, brève, sans souffle – oui, c’est entendu ! – est une de celle dont l’influence se fait encore sentir et dont les conséquences durent encore. Que d’écrivains d’aujourd’hui en France et même d’ailleurs, ne seraient pas ce qu’ils sont si Jules Renard n’eût pas existé ? Bien qu’il n’eût jamais été de l’Académie, on peut être sûr, lui, qu’il est immortel ! […] Jules Renard, lui, venait moins, je ne sais pas trop pourquoi ! Il s’était comme un peu éloigné de nous, ces derniers mois, avant de mourir. Je ne crois même pas qu’il soit venu pendant le séjour au Meurice. Maman et moi, nous fûmes le voir rue du Rocher dans l’appartement du triste immeuble qui lui appartenait, car il était propriétaire et je ne pense pas qu’il devait être aussi agréable de l’avoir comme propriétaire que comme ami ! Fantec et Baïe grandissaient. Sa femme, Marinette, semblait toujours aussi efficace, aussi « servante au grand cœur ». Sans doute ruminait-il contre nous certaines de ces rancunes sans motif où les misanthropes puisent de nouvelles raisons de ne pas pardonner à une humanité qu’ils détestent. »

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