Gaston Robin (Maire de Chitry-les-Mines): 24 juillet 1960. Inauguration du nouveau buste de Jules Renard à l’occasion du cinquantenaire de sa mort

Publié le par LAURENCE NOYER

« Monsieur le Préfet, Mesdames, Messieurs, au nom du Conseil municipal et de la population de notre petite commune de Chitry, je tiens à vous exprimer notre profonde gratitude pour l’hommage que vous rendez aujourd’hui à notre illustre compatriote à l’occasion du cinquantenaire de sa mort. Bien que né à Chalons du Maine, dans la Mayenne, au hasard des déplacements de son père, entrepreneur de travaux public, Jules Renard revendiquait le droit de se dire enfant de Chitry où il vint vers l’âge de trois ans, pays qui fut celui de son père et d’ailleurs de toute son ascendance, originaire d’ici depuis le début du XVIIIème siècle, génération de paysans solidement attachés au sol natal. C’est à Chitry que Jules Renard vécut son enfance douloureuse. C’est dans notre petit village, sa mine d’or, disait-il, qu’il prit toute la matière de son œuvre, qu’il fit toutes ses observations si rigoureusement précises d’om sortirent ses immortelles « Histoires naturelles », ses descriptions si vraies de ce coin du Nivernais qu’il aimait tant avec sa belle rivière, le bassin du canal, les vallons où il aimait à rêver. Beaucoup de contemporains de Jules Renard vivent encore à Chitry et vous diront – contrairement à une opinion répandue – qu’il était d’un abord facile, causant familièrement avec eux, s’inquiétant de leurs difficultés, toujours à l’affut d’une misère à soulager, leur donnant amicalement des conseils bénéfiques. Pour être plus près encore de ses compatriotes, Jules Renard sollicitait les fonctions de maire aux élections de 1904, fonctions qu’il remplira jusqu’à sa mort. « j’étais né maire de mon village » disait-il et il se faisait une haute idée de son mandat municipal. Sans négliger la gestion des affaires communales, il eut voulu surtout éclairer ses compatriotes, élever leur esprit par des lectures, des conférences, les libérer de leurs préjugés. Il ne put, hélas ! achever l’œuvre commencée et le 22 mai 1910, ce fut à Chitry la consternation générale lorsqu’on apprit la mort de « monsieur Jules » disparu brutalement à 46 ans. Un demi-siècle s’est écoulé, mais n’a pu effacer le souvenir toujours vivant au cœur de ses compatriotes. Ce monument, érigé en 1913, était, il y a encore quelques semaines, dans un état lamentable : buste en bronze enlevé par les allemands en 1942, sujets abimés et souillés au cours des deux guerres. Situation indigne du respect dû à la mémoire d’un des plus illustres enfants du Nivernais et de l’un des meilleurs écrivains français. En 1957, un comité pour la restauration de ce monument fut créé par mon prédécesseur, M. Philippe de Nadaillac, auquel se joignirent les admirateurs et les amis de Jules Renard. Animé par M. Maurice Mignon, notre éminent et très dynamique compatriote, né à Prémery et fixé à Clamecy, secondé par M. Le docteur Tixier, par M. René Lalou, renardistes fervents, par des bonnes volontés locales, dont M. Bonnote, votre sympathique instituteur, M.Denis, trésorier, et par tous les autres membres, notre comité était prêt pour la bataille. Il fallait réunir une somme relativement importante, dépassant bien entendu les possibilités de la pauvre commune de Chitry et faire appel à toutes les générosités. M. Le Préfet – et je l’en remercie très chaleureusement – a bien voulu autoriser la souscription publique et présenter notre requête au Conseil Général de  la Nièvre qui nous a très efficacement aidé. Je prie son distingué président, M. Guény, de transmettre à L’Assemblée départementale tous nos remerciements. Je ne saurais oublier l’Académie Goncourt dont Jules Renard était membre, sa Société des Auteurs Dramatiques… Mais ce que je tiens à signaler, c’est le geste des habitants de Chitry et de Chaumot qui, avec des moyens d’existence souvent très réduits, ont tenu à apporter leur obole. L’exécution du buste a été à M. Georges Sirdey, de Tannay, jeune sculpteur de talent, également céramiste d’art, qui a su dégager à l’aide quelques simples documents les traits caractéristiques qu’accusait notre compatriote au soir de sa vie…. Et remercierai tous ceux qui nous ont aidés spontanément et bénévolement à la réalisation de cette cérémonie qui démontrera que Jules Renard, écrivant dans son Journal : « Je vois très bien mon buste sur l’ancien cimetière de Chitry avec cette inscription : A Jules Renard, ses compatriotes indifférents » avait au moins écrit un mot, peut-être le seul qui ne fut vrai. »

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