M.Bernard : Nouvelles Littéraires, 9 avril 1964

Publié le par LAURENCE NOYER

«Blanche et Maurice, nous dit M. Debauche, c’est un couple à l’état pur. Pour s’éperdre et se dénouer (mais oui !) ils franchiront le seul obstacle du silence et de la parole (nulle barrière sociale ou familiale ou religieuse, nulle intrigue). Donc, Blanche et Maurice, lucides, honnêtes, charmants, parlent, se trouvent, s’animent, mais sous leur dialogue on entend en filigrane un subtil dialogue de sourds. C’est lui le vrai texte de la pièce, et de quelle qualité ! Avec plus d’attention, on entendrait sourire Jules Renard ! Nous voici prévenus, ce qui compte ce n’est pas ce que nous entendons mais le filigrane et nous nous efforçons aussi de percevoir le sourire de l’auteur au théâtre Daniel Sorano de Vincennes. A dire vrai (mais je n’avance ceci qu’avec une extrême prudence) l’histoire de ce garçon et de sa cocotte de maîtresse ne m’a pas paru se perdre dans des abîmes métaphysiques. Le passage qui a le plus amusé, n’en déplaise à M. Debauche, a été celui du lit ; nous avons eu droit à la dame en pantalon d’époque et au monsieur en caleçon long. Toutes choses qui m’ont semblé n’avoir rien du filigrane. Et quelle idée que d’avoir fourré dans cette Maitresse les deux personnages qui commentent une action pourtant claire. Le texte de Jules Renard est souvent savoureux, drôle, mais il n’a pas été conçu pour être joué tel quel, de là parfois cette  impression de notations de Journal qu’il nous donne »

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