Denis Lefèvre : L’Ours N°272, mai-juin 1997 « Renard, homme de lettres »

Publié le par LAURENCE NOYER

Denis Lefèvre : L’Ours N°272, mai-juin 1997 « Renard, homme de lettres » « Les lettres inédites de Jules Renard à Blum, Tristan Bernard, Barrès, Séverine… En 1992, Jean-François Flamant avait publié dans notre cahier n°203, un article consacré à « Jules Renard, républicain et socialiste » Socialiste ? Cet aspect est sans doute peu connu, et pourtant Renard comme l’a écrit Jaurès dans l’Humanité du 23 mai 1910 a été « socialiste , discrètement, silencieusement, profondément » Jean-François Flamant nous avait livré d’utiles renseignements et analyses sur cet écrivain né en 1864 et mort en 1910, passé à la postérité pour son Poil de Carotte, mais aussi pour son Journal , hélas mutilé par une de ces « veuves abusives », autrefois stigmatisées par Anatole de Monzie.[…] Ces lettres sont inégales, bien sûr, mais c’est la loi du genre, pour une publication exhaustive. Nombre d’entre elles ne sont que des petits billets, demandes de livres à titre gracieux, mots de remerciements divers. D’autres – la  majorité, heureusement – sont bien plus riches et nous font découvrir la personnalité de Renard, sa conception de la vie, son regard sur le monde qui l’environne : littérature, politique, sans oublier sa région de Chitry. Les lettres à Blum, bien sûr, méritent une attention particulière, tant les relations entre les deux hommes ont pu être étroites et riches, même si elles se sont dégradées ensuite par un double mouvement : Blum énervait Renard, qui supportait mal ce côté « intelligence pour l’intelligence » du futur leader du Front Populaire ; d’un autre côté, l’aspect redresseur de tort de Renard, voire son nombrilisme ont pu agacer Blum au plus haut point. Pour autant, les lettres de Renard sont superbes de confiance et d’amitié et de foi socialiste. Le socialiste est présent. N’écrit-il pas, en 1906 : « vive le socialisme, c’est-à-dire le progrès rapide, quotidien et indéfini !» Le républicain ne l’est pas moins, ainsi quand il demande en 1904 à Blum : « Il faudra qu’un jour Jaurès vienne dire à mes électeurs ce que c’est que la bonne République. Ils ne le savent pas, et je le leur explique mal » A côté de Blum, on voit aussi évoluer nombre de contemporains, et pas des moindres : Tristan Bernard, Rachilde, Alfred Vallette. On s’y promène à l’envi, pour découvrir les grandeurs mais aussi la petitesse de la création littéraire. Un autre grand présent dans ces lettres est bien sûr Maurice Barrès, jusqu’à la rupture au moment de l’affaire Dreyfus. On peut lire  ce livre dans son intégralité, mais on peut aussi y musarder, au hasard des pages, ou en puisant dans le solide index. Le plaisir ne sera alors pas moindre. »

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